Lien vers l'article original (en modification par l'auteur): http://thewellspring.com/whymen/
Les hommes quittent leurs familles de diverses façons. Même lorsqu'ils restent à la maison, de nombreux pères sont souvent émotionnellement absents – au travers de la dépression, du workhalcoolism*, la violence ou l'abus physique ou émotionnel), ou retranchés derrière l'addiction aux substances, aux media, à la consommation, au sport, à la nourriture ou au sexe.
Aujourd'hui, dans les nations dites « développées », la plupart des hommes n'ont jamais été maternés, ou si peu. La plupart des gens ne se rendent même pas compte à quel point les personnes "modernes" sont déconnectées les unes des autres, comparées aux cultures où le sens du contact est encore intact. Oui, bien sûr, nous parlons d'aliénation et relevons à quel point les méditerranéens se touchent physiquement, mais nous ne mettons pas en relation ce phénomène avec la façon dont le lien entre les personnes, avec la nature et avec le divin a été mis en lambeaux. Je soutiens que ce fait ignoré, cette épidémie silencieuse est la source de la plupart des maux sociétaux. Le phénomène de pères absents des foyers est seulement la partie visible de l'iceberg.
La plupart des hommes dans notre culture ont été biberonnés et ont subi les autres méthodes de puériculture recommandées telles que dormir seuls ou abandonnés à leurs pleurs lorsque leurs besoins de nourrissons n'étaient pas satisfaits. Biologiquement parlant, le genre masculin est le plus fragile de notre espèce et jusqu'à l'âge adulte, il y a un retard dans ledéveloppement comparé aux femelles. Au lieu de recevoir le complément de maternage pour compenser le fait d'être le sexe faible, dans la plupart des cultures, la majorité des mâles, dès l'âge de cinq ans, reçoivent bien moins d'attention que leurs conscrites de sexe féminin. Il n'est guère surprenant alors, que la plupart de ces garçons en manque d'attachement précoce, deviennent en grandissant, des hommes qui passent une grande partie de leurs vies à rechercher inconsciemment une figure maternelle qui leur apportera le maternage dont ils ont été privés nourrissons/bébés. Cette quête est alimentée par la publicité abondante sur ces attributs proéminents, les seins dont ils ont été privés. Une partie de leur mécanisme de survie est d'apprendre à renier leurs émotions et projeter leurs besoins (d'enfant) insatisfaits sur des substituts, tels que les femmes, ou encore le consumérisme, le workhalcoolism*, et d'autres addictions.
Il faudrait peut-être un village pour élever un enfant mais c'est une communauté qu'il faut pour garder les parents sains d’esprit. --- Sobonfu Somé |
Pendant quelque temps, nous, hommes en manque d'attachements précoces, pouvons nous débrouiller assez bien dans nos mariages, mais, quand « maman » donne naissance à un enfant et redirige son attention vers ce nouveau-né, il arrive assez souvent que nous perdions ce maternage que nous recevions de nos compagnes.
Ceci est quasiment inévitable étant donné les demandes que reçoivent les parents coincés dans l'expérimentation culturelle en cours que j'appelle désastre de la famille nucléaire (DFN).Les mères en particulier, ne peuvent pas commencer à avoir leurs besoins normaux d'adultes satisfaits à moins qu'elles ne fassent partie de cette micro minorité vivant en tribu, en petites communautés ou en familles élargies.
Au nom de la civilisation et du progrès, les cultures occidentales ont graduellement détruit la tribu/le village/la famille élargie/la communauté et l'ont remplacé par le désastre de la famille nucléaire. Ce dernier en retour, s'est transformé en ce que j'appelle le piège du parent seul (PPS). Ces phénomènes se sont rapidement répandus dans le monde car les Occidentaux ont massivement exporté leurs expériences d'isolement vers tous les continents excepté l'Antarctique. Au début via les missionnaires et les conquêtes, et à présent, via les media et les entreprises multinationales. Les conséquences sont énormes, l'oppression de l'isolement est devenue écrasante particulièrement pour les femmes qui bien souvent se retrouvent à assumer seules la responsabilité totale de l'accompagnement de leurs enfants. En même temps, notre exposition soudaine à un nourrisson qui n'a pas encore été "réglé avec succès" au déni de ses besoins (téter les seins à volonté, être porté avec amour, être constamment en contact avec une personne qui prend soin de lui, etc.…) et qui les exprime sans aucune atténuation vocale. De manière consciente ou inconsciente, cette exposition va extraire de nos mémoires enfouies nos besoins reniés de nourrisson, nous plongeant dans une souffrance profonde.
D'ordinaire, devant une telle intensification de la souffrance, nous allons sortir nos moyens de défense émotionnelle favoris – que ce soient les médicaments, le batifolage, la rage, la dépression,l'addiction ou la violence (physique ou émotionnelle). Ca, c'est le premier niveau auquel les hommes vivent.
Si (ou lorsque) les mécanismes de défense échouent, parce qu'ils ne s'adressent pas aux véritables besoins, la seule chose à laquelle pensent la plupart d'entre nous est de quitter le stimulus et donc quitter nos foyers.
De leur côté, les filles dans notre culture sont loin de recevoir le maternage approprié et souffrent de similaires expériences d'attachements précoces foireux. Elles ont toutefois l'opportunité de recréer cette expérience d'attachement sécurisé par leur capacité unique d'avoir un lien biologique unique avec le fœtus durant la grossesse (et avec le concours des hormones qui y sont associées). Si elles deviennent capables de maintenir ce lien puissant en résistant à la norme culturelle et en élevant un enfant attaché de façon sécurisée, elles sont souvent capables de se guérir d'une bonne partie de leur déficit affectif. Mais, reconnaissant cela, les mères peuvent voir s'exacerber les souffrances primales restimulées des pères, enclenchant de ce fait leur système de défense et augmentant la probabilité de les voir s'en aller.
Comme la dépression était mon mécanisme de défense favori, je peux plus facilement comprendre cette façon de se débrouiller que les autres, mais je crois que ma théorie s'applique tout aussi bien aux autres mécanismes de défense, tels que les conduites addictives ou la violence. Mécanismes induits de façon similaire par les attachements brisés et la transmission des traumatismes aux générations suivantes.
A l'origine de la souffrance
Je suis né en 1943 dans les terres arables de l'Est de l'Ohio. Comme la plupart des bébés nés à cette époque-là, j'ai été arraché de l'utérus drogué (via l'anesthésie générale de ma mère dont les effets ont mis des semaines à s'estomper), avec des forceps métalliques,froids,empoigné par des gants de caoutchouc poisseux, et plongé dans une lumière vive – au lieu d'être doucement accueilli par des mains chaleureuses dans une douce pénombre. J'ai été sans aucun doute retourné sans dessus dessous pour drainer mes poumons (je ne suis pas sûr d'avoir reçu une claque, mais c'était très courant à l'époque). Du nitrate d'argent piquant a été mis dans mes yeux. J'ai été enveloppé dans un tissu froid et rêche au lieu de laisser ma peau se mouler contre la peau tiède de la personne avec laquelle j'ai été si intimement connecté pendant neuf mois. Peu de temps après, j'ai été porté à la nursery où j'ai été placé dans une boîte de plastique près de Carole D., née le jour précédent. J'y ai passé mes dix premiers jours de vie (la norme dans les années 40). Arlene et Marlene, des jumeaux nés quelques jours plus tard, m'ont rapidement rejoint. On m'a enfoncé une froide tétine de caoutchouc dans la bouche, le biberon contenait une substance grasse et antigénique au lieu de la nourriture miraculeuse que trois millions d'années d'évolution avait préparée pour moi. Le jour suivant, j'ai été immobilisé sur une planche, et, sans aucun analgésique, la majorité des extrémités nerveuses les plus sensibles de mon pénis ont été amputées. Ensuite suivront les pratiques parentales abusives qui étaient la norme dans les années quarante : 1) Le lait artificiel pour bébé - probablement du lait condensé d'origine animale. 2) Un biberon toutes les quatre heures. Souvent au bout de trois heures j'avais faim et je pleurais toute la dernière heure, jusqu'à ce que j'apprenne que c'était inutile et que je me fasse une raison. C'est encore aujourd'hui un des fonctionnements de base de mon cerveau. Un fonctionnement qui a toujours de l'influence dans presque tout ce que je fais – «Demander ce dont tu as besoin ne marche pas ». 3) Entravé dans un berceau ou un parc. 4) Privé du mouvement continu que constitue le portage dans les bras. 5) Dormant seul dans une pièce séparée.
Tous ces « progrès » de la puériculture ont été conçus par des hommes qui citaient des théories scientifiques non testées. Depuis, il a été scientifiquement prouvé qu'elles détruisaient même les attachements humains. Je ne condamne ni mes parents ni leurs contemporains; ils ont naturellement suivi le mouvement culturel de leur époque, et souvenons-nous qu'en 1943, la promesse de la science et de la technologie de soigner tous les maux du monde brillait de tous ses feux.
Je disais donc que, dès le début j'ai utilisé la dépression comme mon moyen de défense primaire. Alors qu'en apparence, mon moyen de défense primaire est la dépression, ce n'est en fait juste qu'un élément de la batterie habituelle de moyens auxquelles s'accrochent les enfants/adultes en manque d'attachement, dans leurs tentatives d'échapper à la souffrance de ces besoins précoces insatisfaits qui les dévore toujours. Les autres moyens sont les conduites addictives, la violence, les maladies chroniques, et l'écocide (la destruction de ll'environnement) – autant de symptômes de ce que James Prescott, dans sa recherche sur les attachements précoces, a appelé le Syndrome Somato-Sensoriel de Privation Affective (SSSPA).
Je me suis alors inventé un cocon mental qui me permettait de reprendre le contrôle (bébé, je n'avais aucune prise sur la satisfaction de mes besoins en nourriture, en contact, en mouvement).
Le fait d'avoir été déconnecté de la matrice en étant isolé des autres a drastiquement limité ma capacité à exprimer mes besoins et donc à les voir satisfaits – j'allais donc de dépression en dépression. Jusqu'à ce que j'entre à la fac, personne, moi inclus, ne reconnaissait mes dépressions – les gens pensaient que j'étais "calme". Ma situation n'est pas atypique comparée aux hommes d'aujourd'hui qui ont été élevés selon les standards de la société moderne. Un copain, malgré le fait d'avoir été élevé en Californie, a eu la chance, lui, d'avoir une mère d'origine sud-américaine. Il a été allaité plus de deux ans et m'a toujours semblé plus heureux que toutes les autres personnes de ma connaissance.
Ma réserve de cartouches
N'ayant jamais été materné, j'ai par conséquent, passé le reste de ma vie à chercher un substitut. Je croyais que le mariage et un titre de docteur me combleraient, alors à cinq ans, je me suis jeté à corps perdu dans vingt-deux années d'études qui devaient me mener à mes objectifs. Je faisais l'hypothèse que la « bonne » fille apparaîtrait miraculeusement dès que je serais docteur. Même si mes habiletés sociales étaient très limitées, je n'en démordais pas, elle finirait bien par apparaître cette fille ! A ma grande surprise, ce mariage en cours d'études de médecine n'a pas miraculeusement embelli ma vie, au contraire, elle n'en est devenu que plus compliquée. Mes sentiments de vide s'intensifiaient et je m'enfonçais dans la dépression. Après trois années de mariage et de nombreuses crises, ma femme a décidé que nous devions faire un bébé ou nous séparer. Comme le divorce n'était pas une option valable dans ma famille, j'ai pensé qu'il fallait que je m'exécute. A contre cœur, en 1972, je devins père. C'était super au début, l'excitation d'un être tout neuf, mais assez rapidement, la réalité me rattrapa – J'étais encore plus bas dans l'échelle d'intérêts de mon épouse. J'ai commencé à être de plus en plus déprimé ce qui nous a mené à entreprendre une thérapie. Là-bas, j'appris que j'avais des sentiments, que je pouvais les exprimer, quoique bien difficilement – encore aujourd'hui. Nous avons commencé à découvrir les enjeux inconscients de notre mariage fusionnel, mais nous nous sentions assez impuissants à les changer. Toutefois, cette expérience de thérapie de groupe est devenu la base de mon travail précurseur dans le domaine du Wellness et plus tard, j'en conclurai que l'absence de ces attachements précoces induit un travail de rattrapage à l'âge adulte. Malgré la quantité impressionnante de choses que j'apprenais dans mon travail intérieur, j'étais déprimé la plupart du temps. Lorsque notre fille eut deux ans et demi, ma souffrance était telle qu'il fallut que je m'en aille avant de perdre complètement la tête, car j'étais parfois au bord du suicide. J'abandonnai donc ma fille aînée, à laquelle je n'avais jamais été vraiment attaché – clairement à cause de mon ignorance de ce phénomène. Le cycle recommença avec une autre relation intense pendant trois ans. Je recherchais toujours inconsciemment la maman que je n'avais jamais eue. Et, pendant que je me délectais de l'attention qu'elle me donnait, j'avais le sentiment qu'il n'y en avait jamais suffisamment. Elle était épuisée par le puits sans fonds de mes besoins. C'est à peu près à cette époque-là que j'entendis parler du livre « Magical Child ». Son auteur Joseph Chilton Pearce avait tenté de reformuler la légitimité des besoins de maternage des enfants, mais je ne pensais pas que ses idées étaient applicables à mon cas et,inconsciemment, je ne voulais surtout pas plonger dans les douloureux méandres de mes souvenirs d'enfant. Tout en me débattant contre ma dépression chronique, j'essayais d'apprendre à m'aimer et de suivre les principes de la responsabilité individuelle que je promouvais à l'époque. J'y arrivais péniblement. Au fond de moi, profondément, quelque chose clochait toujours.
Une année plus tard, je rencontrai et tombai amoureux d'une australienne, Meryn Callander. Notre amour s'épanouissait mais nous remettions souvent en question notre relation. Au bout d'une année, nous nous sommes mariés. Meryn et moi avons également commencé à travailler ensemble, co-écrivant des ouvrages, et par la suite créant d'authentiques communautés. Tout particulièrement à l'intention de nombreux professionnels qui se sentaient souvent seuls et incapables d'établir une connexion émotionnelle avec leurs pairs. C'est au travers des études que Meryn a réalisées sur le thème de la spiritualité féminine que je pris conscience de l'isolement qui sévit dans les cultures occidentales conduisant à la mise en place des institutions totalitaires qui nous entourent telles que la médecine, le droit et le système éducatif. Voilà sept ans déjà, que dans le cadre de mon travail au Wellness Resource Center, je me débattais avec les nombreux aspects de ce problème mais, jamais encore, je n'avais pu l'appréhender dans une vision globale. Je pensais que j'avais surmonté ma dépression chronique grâce à mon travail sur moi-même et aux nombreux séminaires de développement personnel auxquels je participais ou collaborais. Les amis de longue date voyaient une différence – les années de travail sur ces sujets douloureux portaient leurs fruits. L'une des choses qui me nourrissait le plus intérieurement, était de m'allonger dans le lit la nuit, lové dans les bras de Meryn. En général, nous regardions la télé, et elle me caressait la tête, la poitrine et le ventre. Plusieurs nuits par semaine, nous passions une bonne heure à faire ça avant le coucher ou environ un quart d'heure le matin.Chacun de nous berçait l'autre en alternance. Contrairement au stéréotype masculin de toujours penser au sexe et d'en réclamer davantage, mon souhait principal était de recevoir cette attention de la part d'une figure maternelle même si je n'en avais que très vaguement conscience. Il m'arrivait parfois de penser qu'il y avait quelque chose qui clochait chez moi, d'être si peu intéressé par le sexe. Etre porté et caressé, voilà ce qui me faisait avancer dans la vie. Jusqu'à ce que je sois privé de ces caresses quotidiennes, j'ignorais à quel point ce besoin était impérieux, désespéré.
Et me voilà en train de sombrer à nouveau
Comme la plupart de nos amis à l'époque, Meryn et moi vivions dans l'idée que nous n'aurions pas d'enfant ensemble. Mais, au bout de dix ans, juste avant d'atteindre la quarantaine, l'horloge biologique de Meryn sonna. Je ne pouvais imaginer que recommencerait un jour, cette expérience douloureuse, devenir père à nouveau. Sur le conseil pressant d'un ami, je lus le Continuum Concept de Liedloff. Je réalisai soudain que l'isolement que nous étudiions depuis des années n'était pas inhérent à la "nature humaine", mais était plutôt la conséquence de l'isolement des bébés et des jeunes enfants. Personnellement, je ne pouvais que constater à quel point les vieilles blessures que je croyais guéries en thérapie étaient toujours béantes. J'ai pensé que je pourrai enfin récupérer le plus gros échec de ma vie (devenir père) et que cette fois « j'y arriverai » avec une nouvelle approche. Jusque là, j'avais vécu une vie entière sous la pression de dates butoir que je m'imposais), utilisant ainsi l'adrénaline pour réaliser mes projets, avec ce sentiment qu'une puissance inconnue mais redoutable me rattraperait à la fin de la journée si j'étais incapable de me présenter (à moi-même !)une liste de réalisations concrètes.
Je reconnaissais pour la forme que l'amour et les relations humaines étaient mes valeurs les plus importantes, mais en réalité, j'étais dirigé par le besoin de faire quelque chose pour mériter ma survie. Ceci est toujours valable aujourd'hui, bien plus que je ne le souhaiterais en tout cas, mais j'ai fait des progrès. Pendant les quatre premières années de notre relation, Meryn et moi vivions la simplicité volontaire dans les montagnes du Costa Rica. Nous souhaitions tous deux retourner à cette vie de simplicité. Alors en même temps que nous décidions d'avoir un enfant, nous avons vendu notre grande maison, supprimé les séminaires que nous organisions et acheté dix hectares dans un coin reculé de Mendocino en Californie, un coin situé mille lieues après la dernière ligne de haute tension. Nous sommes donc devenus propriétaires terriens. J'entrepris de transformer un cabanon en un foyer alimenté par l'énergie solaire. Nous avons lu et écrit intensivement sur le thème de « l'attachment parenting ». Nous nous sommes préparés à la naissance à domicile de notre fille, naissance accompagnée par une sage-femme dans une piscine d'eau chaude rapportée par un ami. La naissance se déroula bien, je me croyais mieux préparé à devenir père. Je n'avais en fait aucune idée de la profondeur de la souffrance et de la jalousie qu'allait générer le contact permanent avec une personne qui savait quels étaient ses besoins, les exprimait clairement, et qui recevait le maternage auquel tout nourrisson aspire et mérite.Et, comme prévu, l'arrivée de Siena absorba une grande partie de mes ressources en maternage. Notre maison était toujours en travaux et je m'attelais à résoudre les problèmes d'alimentation en eau et en électricité. Nous avons rapidement constaté que la réalisation de la phase "dans les bras" telle que recommandée dans "l'attachment parenting" avait été conçue pour une famille élargie et non pour la famille nucléaire. L'arrivée dans notre foyer de la maman de Meryn (venue d'Australie) nous a beaucoup aidé. Mais bien souvent, nous nous sentions à court de bras, étant donné l'engagement pris de porter constamment Siena (jusqu'à ce qu'elle décide par elle-même de s'en passer). Alors que nous offrions à notre fille un niveau de contact physique que bien peu d'enfants occidentaux d'aujourd'hui reçoivent, et qu'elle s'épanouissait, notre relation de couple était de plus en plus tendue. Je me suis enfoncé dans la dépression, passant de périodes d'hyperactivité (qui nous permettaient de rester à flot financièrement) à des périodes dix pieds sous terre. C'était insupportable.
J'essayai de combler mes propres besoins de multiples façons : la construction, la thérapie, les groupes de parole pour hommes, passer du temps dans la nature, tout cela en vain ! C'est seulement après une année de quête spirituelle, en déménageant en Virginie en 1996 et en y trouvant une communauté de coeur qui semblait remplir les nombreux idéaux que je recherchais depuis vingt ans déjà, que je me sentis enfin en paix avec mon processus et entrepris d'écrire sur le sujet. Malgré cette moitié de vie passée en thérapie et autres travaux de développement personnel, je lutte toujours contre cette rage à peine déchargée, qui se manifeste souvent sous forme de dépression, un pincement chronique des lèvres et un nœud dans mon estomac. Et encore maintenant, environ onze ans après la naissance de ma seconde fille, je suis frappé par le contraste saisissant entre la façon dont ses besoins s'expriment et sont comblés, et la façon dont la plupart d'entre nous ont été traités. J'ai passé plus de mille nuits, allongé à ses côtés pendant qu'elle tétait. Cela m'apporté la conscience nouvelle de mes propres besoins oraux si puissants encore, des besoins auxquels j'ai passé ma vie entière et ma carrière à essayer de compenser. La compagnie de ma fille réactive encore des lieux profondément douloureux, je la vois comme un professeur spirituel, me mettant au défi de faire face à cette souffrance emmurée. Une souffrance qui m'a isolé, déconnecté de la famille/la tribu/ la planète qui étaient mes droits fondamentaux à ma naissance !
Conclusions
Mon itinéraire personnel révèle juste une des nombreuses façons dont les attachements brisés peuvent se manifester dans la dynamique familiale. Fort heureusement, c'est au travers de nos blessures que nos dons se révèlent. C'est certain que mon travail dans le Wellness a été fortement influencé par mes souffrances, et si je n'avais pas pris conscience de cela dans une perspective plus large (celle du chemin parcouru), je me serais probablement perdu dans cette souffrance. Si vous n'avez pas encore trouvé « le don » dans vos blessures personnelles, je vous en prie, continuez à chercher.
Avertissement
Après m'être observé et après avoir observé plusieurs autres personnes qui ont intensément travaillé sur ces questions pendant plus de la moitié de leurs vies d'adulte, je ne suis plus convaincu que les blessures d'enfance résultant d'attachements précoces insécures – mieux connues sous le très populaire euphémisme "faible confiance en soi" – puissent être apaisées au delà de brefs répits ou de rémissions temporaires. Mais je crois fermement que nous pouvons apprendre à faire avec cette souffrance et à être moins dirigés par elle. Avec l'addiction, les maladies chroniques et les conduites addictives, la dépression est l'un des plus gros problème de santé publique dans nos sociétés, autant de symptômes de SSSPA. La réactivation de la souffrance dans nos tentatives de créer nos propres familles est un sujet important qui mérite une mûre réflexion avant la naissance d'un enfant. J'ai vécu, et je continue de vivre des moments difficiles avec cela, je ne crois pas qu'il soit aisé pour les jeunes gens d'entrer naïvement dans la parentalité, inconscients de leurs propres blessures d'enfant. Afin d'éviter la perpétuation de ces attachements brisés chez nos tout-petits, qui vont être exacerbés par les familles nucléaires dysfonctionnelles - qui sont elles-mêmes des produits des cultures totalitaires - il nous faut découvrir à quoi ressemble un attachement sécurisé et commencer à défier cet abus devenu la norme que constitue le détachement parental que nous voyons partout. Tous les jours à la une des journaux, nous voyons et entendons parler des myriades de symptômes l'aliénation et d'attachements foireux, mais jamais nous n'entendons parler des causes réelles – à savoir comment sont traités les bébés et les enfants. Si nous sommes attentifs, nous pouvons voir ces symptômes dans nos propres vies, comprendre les causes réelles, et commencer à répondre à nos propres besoins avec le soutien d'ouvrages et d'ateliers de développement personnel, avec le soutien de groupes, de la thérapie et avec une communication franche et ouverte avec nos amis et nos familles plutôt que de nous aveugler et être dirigés par nos besoins d'enfants insatisfaits.
Cela peut être un bon début de s'inspirer des articles publiés dans le ByronChildMagazine**
Au fur et à mesure que les hommes seront conscients des liaisons dynamiques entre leurs propres besoins insatisfaits et en observant les enfants demander des réponses à leurs besoins, le très répandu déni de ce problème sera enfin éclairé et les hommes seront plus à même de faire avec leurs difficultés plutôt que de sombrer dans le déni, le mensonge ou chercher des boucs émissaires à leurs souffrances, voire des médicaments.
Les hommes seront capables d'aider la société à comprendre et s'approprier les blessures liées au manque d'attachements qui, non seulement ont pris des proportions endémiques dans les générations récentes, mais surtout sont perpétuées par le biais de la culture et de l'économie. En recréant des communautés, des familles élargies de choix, et bien d'autres formes encore inexplorées de soutien mutuel de sorte que chacun reçoive un peu de cet attachement déficient, nous pourrons briser le cercle vicieux de l'abandon et de la séparation infligés aux enfants sous forme de naissances médicalisées, d'alimentation des nouveaux-nés au biberon, de circoncision, de mise en collectivité précoce etc.… Lorsque nous ferons face et accepterons nos propres blessures, lorsque nous ouvrirons nos cœurs et nous préoccuperons de nos propres besoins, nous pourrons libérer la compassion qui apporte la force de rester avec nos familles et de créer un monde qui répond aux besoins de chacun.
* Anglicisme évoquant l’addiction au travail, en tant qu’activité. Un Workhalcoolic serait un accro au boulot. ** Cet article a été publié pour la première fois dans le ByronChildMagazine
Prévisualiser la page
Imprimer la page
|