 Sa note est affichée sur mon miroir comme un rappel quotidien de son unique contribution à nos vies, notre univers. Dans une écriture et une orthographe qui froisseraient à coup sûr un enseignant, il est écrit «je suis ce que je suis ».Cinq* mots, cinq* brefs et simples mots. Mais quel message ! Un énorme, magnifique et puissant concept à la portée déjà d'un garçon de huit ans.
Jacob est ce garçon de huit ans, auteur de cette note. Jacob est mon enfant.Jacob est mon enfant aux besoins intenses, même si, durant ses huit ou neuf premières années de vie, nous avons vécu dans l'ignorance de ce fait. Et Jacob est l'enfant qui a amené notre famille à l'instruction en famille, et aux « cadeaux » du Dès l'instant de sa naissance, mon mari et moi avons reconnu que Jacob avait une exceptionnelle acuité de son univers. Ses yeux reflétaient un savoir qui allait bien au-delà de ce que chacun reçoit au fil des années vécues sur cette terre. Cet enfant est venu dans notre monde portant en lui des vérités que certaines personnes mettent une vie entière à découvrir.
Au fur à mesure de la croissance de Jacob, notre impression initiale n'a fait que se confirmer. Sa fine perception du monde rendait chaque détail nouveau à nos yeux, parce que nous l'observions à travers ses yeux, sa perspective unique. Les adultes classiques que nous rencontrions étaient embarrassés, car leur « approche standard de la communication avec les enfants » ne marchait pas avec Jacob. Jacob exigeait et défiait les adultes de le traiter comme un égal, rectifiant leur grammaire dès ses dix-huit mois ! Il énonçait des phrases parfaites dès cet âge, reprenant la grammaire des uns, nous questionnant dès la première douche du matin sur le détail de la propreté de nos mains. Avant ses deux ans, quand une connaissance insoupçonnable lui demanda s'il pouvait prononcer « Liverpool » (du nom de la ville où nous résidions à l'époque), Jacob répliqua ceci « Oui. Et peux-tu prononcer micropachysapholosaurus ? »
Je ne me souviens plus du moment précis où nous avons décidé que Jacob n'irait pas à l'école. Je me souviens parfaitement l'avoir vu observer intensément les enfants à l'aire de jeux de l'école, certains se bousculant, la plupart ne se sachant pas observés et ou ne prêtant aucune attention particulière à cet observateur particulier. Les visages de ces enfants et leurs comportements étaient clairement motivés par la survie, pas par l'amusement ou la joie. Je me souviens de Jacob observant le bus scolaire et me questionnant à ce sujet. Il posait des questions qui auraient pu paraître embarrassantes pour les autres parents, au sujet de leurs enfants qui quittent leurs mères et leurs foyers pour prendre ce bus en direction de l'école. Jacob ne visait rien de moins que l'absolue vérité. Ceux parmi nous qui le connaissait et l'aiment étaient complètement, unanimement d'accord sur le fait que cet enfant ne devrait jamais être confiné dans une pièce ou un bâtiment pour le plus clair de sa journée.
Aussi savions-nous, dès son plus jeune âge, que Jacob ferait l'école à la maison. Ou plutôt que Jacob continuerait à nous éduquer et nous éclairer. Il résistait. J'insistais. Il hurlait. J'hurlais. Il pleurait. Je pleurais. Et ce fut la fin. Notre tentative de scolarisation à domicile avait échoué.
Ainsi naquirent nos vies « déscolarisées », même si à ce moment là, nous ne savions même pas que le concept existait, tellement nous nous sentions seuls à le vivre.
Le Unschooling la longue liste des cadeaux que Jacob, tranquillement mais fermement, nous imposa à recevoir (entre autres cadeaux il y eut l'allaitement à la demande, le sevrage naturel, le sommeil partagé, le don généreux aux moins chanceux de son insatiable curiosité) .Comme tous les autres cadeaux offerts à sa famille, le unschooling n'était pas uniquement destiné à Jacob. Ce fut un don à toute notre famille, et aujourd'hui c'est devenu un style de vie. C'est ce présent de unschooling qui a sauvé l'esprit de notre enfant, sa conception de lui-même et toute notre santé mentale. Parce que nous n'avons jamais essayé d'adapter notre enfant particulier à la boîte de la société classique, nous étions inconscients du fait que la boîte de la société classique avait des « cases » pour lui. Des étiquettes telles que autisme, dyslexie, troubles de l'intégration sensorielle, asynchronie. Pour nous, Jacob notre enfant était célébré, aimé et honoré comme chaque enfant a le droit de l’être.
Lorsqu'il eut neuf ans, d'autres défis apparurent qui étaient auparavant ignorés du fait de notre vie sans école et notre intime conviction de le laisser vivre sa vie. Il a toujours été légèrement anxieux car sa fine acuité du monde ne lui apportait pas seulement de l'enchantement mais aussi quelques connaissances perturbantes que ces jeunes oreilles n'étaient pas préparées à recevoir. Lorsque cette anxiété s'accrût, ses fines et importantes habiletés motrices ne montraient pas de signe de développement à la même vitesse. Alors quand ses bizarrerries préférées devinrent plus intenses, nous sûmes, mon mari et moi qu’il était temps de trouver des réponses. Ce n'était pas notre projet de l'étiqueter. Nous n'avions pas l'intention de rechercher des défis pour l'améliorer, le changer, ou le figer. Nous avions le profond désir d'acquérir une meilleure compréhension de Jacob. Notre but était de trouver des réponses qui nous permettrait d'apporter plus de joie et moins de stress dans la vie déjà très libre de Jacob.
J’eus soudain un insatiable appétit d'information de la part de parents qui avaient les mêmes défis. Je lus plusieurs livres et m'inscrivis à plusieurs listes internet, devenant de plus en plus frustrée par les réponses que je recevais. On aurait dit que le but de toutes ces listes et ces livres était toujours le même : le conseil donné de façon récurrente de contraindre votre enfant spécial à s'adapter aux cases prévues par la société, en particulier la case école. Et même pour ceux qui faisaient l'école à la maison, cette case école était très présente. Ces enfants étaient contraints à s'adapter à ces cases, peu importe à quel point ce processus diminuait et écrasait leur joie et leur paix. Et il y avait bien sûr, les experts pour vous dire ce qu'il fallait faire. A les entendre, il n'y avait pas d'autre alternative.
En poursuivant mes recherches, j'eus l'opportunité de rencontrer personnellement d'autres parents, je participai à ma toute première réunion de groupe local avec des familles concernées par l'autisme. Au début de la rencontre, nous, membres du groupe, devions nous présenter au groupe et partager nos histoires. J'étais excitée, j'ai adoré partager ces récits au sujet de notre famille. Je n'en pouvais plus d'attendre mon tour en écoutant les autres. Mais au fur et à mesure que j'écoutais les autres, mon cœur se remplissait d'une énorme et profonde tristesse pour ces enfants dans les autres familles. Les récits des parents décrivaient les « troubles » de leurs enfants, et leur lutte pour trouver le soutien scolaire approprié, et la compréhension des enseignants. Ces récits étaient pleins de colère et de souffrance, et une d'une folle détermination à combattre le système. Un seul point était clairement et incroyablement absent de ces histoires : les enfants eux-mêmes.
Lorsque ce fut à mon tour de prendre la parole, j'inspirai profondément et me rappelai à mon tendre Jacob, il était là dans ma tête, dans mon cœur. Et je pris la parole. Je parlai de mon enfant tellement spirituel, tellement unique et qui avait tellement honoré nos vies de sa présence. J'ai parlé de mon enfant qui parfois posait des défis, mais qui était aussi capable de nous apprendre des choses sur nous-mêmes, au sujet de nos propres vies, de l'amour, que nous n'aurions jamais pu apprendre autrement. J'ai parlé de mon enfant qui n'a jamais été contraint à être ce quelqu'un d'autre qu'il n'est pas, de qui nous n'attendions pas de s'adapter à l'idée qu'une tierce personne se faisait de lui. Un enfant qui a toujours été célébré pour ce qu'il était exactement. J'ai parlé de nos vies sans école. Et pendant que je parlais, ils étaient tous silencieux. Tous me regardaient, tous les yeux étaient braqués sur moi, certains pleins de larmes, et sur chaque visage un sourire. J'ai parlé exactement de la même façon que je vivais mon parentage, avec l'intérêt focalisé sur l'enfant et ses dons, et non pas seulement sur le défi de vivre avec.
Je ne suis plus jamais retournée à une nouvelle rencontre. J'ai appris tout ce que j'avais besoin de savoir cette nuit-là. J'ai appris que les réponses étaient là en nous et que nous vivions avec tous les jours. Mon insatiable appétit de connaissances sur les besoins spéciaux de Jacob a été remplacé par une conviction profonde que notre vie sans école était toujours et encore LA réponse. Il était grand temps de laisser tomber les recherches et continuer à vivre notre vie, il est vrai, avec une nouvelle compréhension, une compassion et une empathie pour ces dons qui faisaient de Jacob un être unique.
Les dons de la vie sans école, cette liberté, cette façon de vivre dirigée par nos propres passions et notre désir d'apprendre exactement ce que nous sommes capables d'appréhender et tout ce que nous trouvons stimulant sans aucun jugement ni récompense de personne…ces cadeaux-là, je crois que tous les enfants y ont droit. Je crois à la vie sans école pour tous les enfants. J'y crois particulièrement pour ces enfants aux besoins intenses, ces enfants qui voient le monde avec une vision si particulière. Lorsque nous leur permettrons de suivre leurs cœurs et leurs intelligences, cette perspective unique exaltera non seulement leurs propres vies, mais celles de toutes les personnes qui les entourent, et le monde entier par extension.
Jacob est mon enfant. Jacob est mon enfant aux besoins spéciaux. Son premier et primordial besoin spécial est la liberté d'être exactement qui il est. Je l’ai appris de lui. J'ai appris à recevoir cette leçon de ma vie quotidienne et je garantis cette liberté à toute personne que je rencontre. Et chaque petit matin, quand je lis la note de Jacob, je fais le vœu que chaque personne, partout, célèbre son unicité, sa particularité et sache ce que cet enfant savait à sa naissance : Je suis ce que JE SUIS.
Note de l'auteur, Juillet 2005 : les mots et le concept de « besoins intenses » n'ont plus fait partie de nos vies depuis 1998, quand j'écrivais cet article. Mon, toujours non scolarisé, ado de quartoze ans Jacob (ou Jake comme il préfère que ce soit dit) est toujours, glorieusement unique, et fort heureusement, toujours atypique. Sa passion de la vie et des apprentissages a été soutenue par le unschooling qui lui a permis de célébrer la vie en étant exactement QUI IL EST.
* En anglais, "I am what I am" est une phrase de cinq mots
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