« ABANDONNER » DOIT-IL ETRE DEFINITIF ?
De Susan McGlohn - Traduit par Sylvie Martin Rodriguez

Lorsque j’étais enfant, la plaisanterie habituelle concernait mes inscriptions dans les clubs, les cours de sports et autres activités extérieures jusqu’à ce que j’obtienne le T-shirt de l’équipe, avant d’abandonner.
Il est vrai qu’en grandissant j’ai essayé beaucoup d’activités différentes, des scouts au cross country, ou la fanfare, et j’avais une collection impressionnante de T-shirts au moment où j’ai reçu mon diplôme da la fac ici, en Virginie.
En tant qu’adulte, cela ne s’est pas vraiment amélioré. J’ai laissé tomber l’Université en plein milieu de ma seconde année. J’ai arrêté de fumer. J’ai arrêté de travailler quand j’ai eu mes enfants. J’ai retiré mes enfants de la maternelle pour leur faire l’école à la maison. Je me suis même inscrite à un cours de karaté il y a quelques années, en même temps que mon fils aîné, pour abandonner au bout de quelques mois parce qu’il était difficile d’assister aux cours avec un enfant de deux ans très actif (j’ai gardé le super T-shirt).
Alors, qu’en est-il du fait d’abandonner les activités en cours de route ? N’est-ce pas une mauvaise chose ? Cela ne rend-il pas les enfants paresseux, égoïstes, écervelés ?
J’ai entendu cet argument qu’il fallait obliger les enfants à finir ce qu’ils commencent, même s’ils ne le veulent pas. J’ai entendu dire que cela formait le caractère et que cela enseignait la persévérance. Avez-vous déjà observé un enfant qui apprend à marcher ? Personne n’a à enseigner la persévérance à un enfant. Il tombe des milliers de fois, cogne sa tête sur la table basse, tombe sur le palier du hall d’entrée, atterrit dans la pièce, encore et encore, y retourne et essaye encore.
Nous avons tous déjà vu ça. L’enfant de quatre ans assis au bord de la piscine, criant et pleurant durant le cours de natation, empêchant les autres d’entendre ; ou l’enfant de 8 ans qui se renfrogne et qui refuse de participer au cour pendant que le parent, jetant des regards d’excuses à l’entraîneur, essaye d’enjôler, de soudoyer et de menacer l’enfant devant tout le monde, lui demandant de se comporter correctement et de jouer.
La plupart du temps, ce sont des activités que l’enfant fait parce que le parent a décidé que ce serait amusant pour l’enfant, et non parce que l’enfant s’est montré intéressé et sans qu’il ait exprimé le moindre désir de participer. Ensuite, l’argent et le temps investis sont brandis devant l’enfant comme étant plus importants pour le parent que ses aptitudes, ses intérêts ou ses sentiments.
Je me suis rendue compte, à travers mes propres erreurs, que la participation forcée enseigne à mes enfants seulement deux choses : du ressentiment contre celui qui les force et un fort désamour pour l’activité qu’ils sont obligés de suivre jusqu’à la fin.
Les adultes abandonnent les choses tout le temps. Nous appelons cela « donner la priorité à ». Nous laissons tomber une activité pour nous focaliser sur une autre.
Abandonner quelque chose de malsain, ou qui nous prend trop de temps, ou une chose pour laquelle nous ne sommes pas très doués, peut être un signe de maturité, une reconnaissance de nos limites personnelles, la réalisation que nous ne prenons pas autant de plaisir dans cette activité que ce que nous pensions.
Un des plus gros avantages de l’école à la maison est que cela permet à nos enfants d’explorer le monde entier, de découvrir une activité, de l’observer de près, et si cela ne convient pas, la laisser tomber et essayer autre chose. Comme quelqu’un faisant un puzzle et essayant plusieurs pièces jusqu’à ce qu’il trouve celle qui convient, cela peut prendre un certain temps à nos enfants de trouver l’activité qui leur plaît et où ils excellent.
Mes deux aînés ont, en si peu d’années, essayé le foot, le piano, les cours d’art, la danse, le tennis, le karaté, différents jardins d’enfants, la natation, les clubs de jeux, le volley, le basket, les classes coopératives, et quelques groupes de jeunesse. Ils ont essayé de faire des films, d’écrire des livres et des scénarios, de faire des maquettes, de cuisiner et de faire de la pâtisserie, de faire des jeux d’ordinateur, de travailler le bois et ils ont géré différents projets qu’ils avaient créés. Beaucoup de leurs intérêts ont connu des hauts et des bas comme la lune qui croît et décroît, et quelques-uns sont aussi constants que les étoiles.
Quelquefois, c’est une question de moment. Cette pièce de puzzle pourrait éventuellement convenir, lorsque nous avons avancé dans l’assemblage de ce puzzle. Quitter la pièce pour la croissance et la maturité, avant de revenir à une activité, peut être une bonne chose ! La plupart des activités et des intérêts peuvent être mis de côté pour un temps et repris dans le futur.
Ma fille voulait absolument laisser tomber le karaté, il y a dix-huit mois. Nous avons suggéré de seulement « suspendre » son adhésion à l’école de karaté pour un moment, et si au bout de six mois, elle ne voulait toujours pas reprendre, nous annulerions définitivement l’adhésion. Auriez-vous pu l’imaginer ? Elle a changé d’avis à nouveau, au bout de quatre mois, et a même gagné un trophée dans le tournoi de karaté de cette année. Elle s’est sérieusement foulé la cheville quelques mois plus tard et n’a plus fait de karaté durant quatre autres mois ; nous avons donc encore une fois suspendu son adhésion. Quand elle a senti que sa cheville était assez solide, elle y est retournée et a vraiment pris du plaisir, y allant quelquefois quatre fois par semaine, lorsqu’elle le pouvait. Elle a atteint la première place dans sa classe d’âge cette année lors du tournoi.
Si nous avions insisté pour qu’elle continue parce que nous avions dépensé telle somme d’argent, ou pour qu’elle continue jusqu’aux vacances ou jusqu’à un point arbitraire sur le calendrier, elle n’aurait pas du tout apprécié chacun des moments passés là-bas et n’y serait jamais retournée.
Un autre exemple : Sarah avait demandé des leçons de piano lorsqu’elle avait sept ans. A huit ans et demi, elle détestait le piano. Le travail écrit demandé dans les livres de théorie était de trop pour elle, et elle ne voulait pas pratiquer tous les jours ; nous avons accepté qu’elle abandonne. L’été dernier, mon fils de 11 ans voulait apprendre le piano, et nous avons trouvé un professeur de piano à domicile via Internet à un prix abordable. J’ai alors tendu la perche à Sarah. Je lui ai dit que puisque le professeur venait de toutes façons à la maison, et que nous pouvions avoir deux cours l’un après l’autre, pourquoi ne pas prendre ce cours jusqu’à la fin de l’été ? Je l’ai laissée décider. Devinez quoi ? Elle a découvert qu’elle adorait ça. Je n’ai même pas à les encourager à travailler leur piano ; en fait, je dois leur demander d’arrêter quelquefois !
Mais qu’en est-il d’abandonner quand les autres dépendent de nous ? Comme dans une équipe sportive ou une troupe de théâtre ? Comment pouvons-nous apprendre à nos enfants à remplir leurs obligations dans ces cas là ? Si mon enfant faisait partie intégrante d’une équipe, ou était meneur dans le jeu, je discuterais de la situation avec lui et je lui ferais savoir ce qui se passerait s’il abandonnait. Peut-être qu’ensemble, nous pourrions trouver une solution afin que les autres ne soient pas lésés, mais le désir de partir de mon enfant serait aussi respecté. Fixer une date, par exemple après le match important ou après la représentation théâtrale, pourrait être acceptable. Mais soyons honnêtes. La plupart des enfants qui sont bons en sport et qui sont des joueurs-clé dans une équipe ne veulent pas abandonner. On nous a tous dit un jour, et les films Disney ont été faits pour le prouver, qu’il n’y a pas qu’une seule personne à être la star dans une équipe. Normalement, abandonner ne devrait pas faire perdre le championnat à l’équipe, à moins qu’elle ne soit vouée à perdre de toutes façons. En principe les clubs de théâtre ont des doublures prêtes pour les rôles principaux en cas de maladie ou d’accident, et les rôles mineurs sont souvent juste rajoutés pour que tout le monde participe et que personne ne soit laissé de côté.
Décider de laisser le droit à nos enfants d’abandonner demande beaucoup de confiance dans leur capacité à choisir pour eux-mêmes ce qui les intéresse. Cela signifie préparer nos esprits pour ne pas leur faire porter les obligations qui nous incombent, comme l’argent ou le temps déjà investis. Si nous avons déjà acheté un équipement coûteux, peut-on le revendre et récupérer l’argent dépensé ? Peut-on être remboursés des cours restants ? Si notre enfant quitte l’équipe, n’y aura-t-il vraiment aucun autre enfant pour prendre sa place ?
Nous, les parents, devrions cesser de voir le fait d’abandonner comme une porte qui se ferme et comme une opportunité de perdue. Au contraire, c’est une porte qui s’ouvre et du temps de gagné pour explorer de nouveaux intérêts. C’est de plus une opportunité pour nos enfants de développer leurs connaissances et leur adresse dans d’autres domaines.
Oui, j’ai abandonné la fanfare, mais il me reste l’orchestre et jusqu’à ce jour, j’adore jouer de ma flûte. Oui, j’ai abandonné le « cross country », mais j’ai rejoins l’équipe éditoriale du magazine littéraire de l’école. Oui, j’ai abandonné l’Université, mais j’ai été diplômée avec les honneurs par l’école de secrétariat de Katherine Gibbs, et je gagnais 20000 dollars par an (et j’ai appris la sténographie) avant que mes camarades de classe aient seulement fini les cours à l’Université. Oui, j’ai cessé d’envoyer mes enfants à l’école, mais j’ai découvert que l’éducation représentait tellement plus que ce que qui se trouvait dans un immeuble de béton et qui était appris entre 9h00 et 15h00 cinq jours par semaine, dix mois par an.
Quelles opportunités et quelles aventures attendent nos enfants ? Pourquoi ne pas se donner le droit d’abandonner certaines activités et découvrir tout ça ?
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